Teha'amana permit à Gauguin d'accéder enfin au nu tahitien. L'amour pour elle illuminera l'une des périodes créatrices les plus fécondes de sa vie. Rapidement le mythe va s'emparer de ces visions de femmes sur la plage pour en faire autant d'images de l'Eve nue au Paradis. Un thème qui le hante depuis longtemps. Mais, à côté de ces visions édéniques et lumineuses,  apparaîtront celles de l'envers ténébreux nourries par les lectures sur la religion tahitienne. Un monde de terreurs surgit alors sur les toiles. Malheureusement les images en sont rares ou inexistantes sur internet.  Contes barbares  (version 1892) et Parau hanohano (Paroles terrifiantes) ne figurent pas ici. Pour l'instant.  Une bonne surprise arrivera un jour. Que disent de "barbare" ces femmes maléfiques, vieilles et les yeux exorbités, à ces jeunes femmes terrifiées au pied des idoles ? Gauguin le sait parfaitement comme il l'a écrit dans son Ancien culte mahorie, mais il laisse la chose dans l'indéfinition, l'ambiguïté n'est pourtant pas de mise, derrière l'Eden, il y a le monde d'une religion primitive qui n'est pas si aimable qu'on veut bien le dire. 

Les toiles de cette période sont très difficiles à classer en un ordre chronologique rigoureux. Fort heureusement pour le biographe cela n'a pas grande importance quand les oeuvres se déploient en un temps court avec une unité d'inspiration évidente. Elles sont présentées ici dans l'ordre où elles sont citées dans le livre et regroupées par thèmes, les figures de l'Eve tahitienne, les toiles qui renvoient au ténébreux, les pastorales, scènes de genre, etc. Puis viennent les sculptures. Gauguin, à court de toile, travailla le bois pour créer une série d'étonnants chef d'oeuvres qui empruntent aux formules plastiques de tant de civilisations en tournant le dos à l'art grec, "si beau qu'il soit", écrit-il. Toutes les expériences de la représentation au XXème siècle sont annoncées  dans cet ensemble. 

Tahitiennes sur la plage, 1892, New York, Museum of Modern Art. Une toile qui annonce Matisse...

Vanine no te miti (Femme de la mer), 1892, Buenos Aires, Museo Nacional de Bellas Artes. 

Deux Tahitiennes sur la plage, 1892, Honolulu (Hawaï), Academy of Arts. Seule toile de Gauguin restée dans l'océan Pacifique. Cette fois le jeune Picasso n'est pas loin. 

Fatata te miti (Au bord de la mer), 1892, Washington, National Gallery of Art. Cette merveille fut achetée en son temps par Ernest Rouart et Julie Manet, nièce du peintre. 

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Aha Oe Feii ? (Eh quoi, tu es jalouse ?), 1892, Moscou, Musée Pouchkine. Les roses de 1892 en deviennent extatiques ! Précision : il n'y a pas de sable rose à Tahiti même, ce tableau est donc fictif...

Otahi (Seule), 1893, Paris, Collection particulière. Bien que réalisée un peu plus tard, cette toile se rattache aux précédentes par son inspiration. 

Haere Pape (Toilette matinale), 1892, Philadelphie, Barnes Foundation. 

Te Nave Nave Fenua (Terre délicieuse), 1892, Kurashiki (Japon), Ohara Museum of Art. Après avoir eu le visage d'Aline Chazal, mère de l'artiste, Eve prend ici celui de Teha'amana. Bengt Danielsson a fait remarquer que "nave nave" en tahitien désigne le plaisir sexuel.

Manao Tupapau (L'Esprit des morts veille), 1892, Buffalo (New York), Allbright-Knox Art Gallery. Par delà les circonstances anecdotiques à l'origine de ce tableau racontées par Gauguin, cette oeuvre est le début d'un cycle du tahitien "terrifiant" ou ténébreux en relation avec l'ancienne religion de l'île. Gauguin est un créateur trop profond pour se contenter de la lumière. En bon lecteur de Hugo, il lui faut aussi l'ombre et la nuit. 

Parau Na Te Varua Ino (Paroles du Diable), 1892, Washington, National Gallery of Art. 

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Arearea (Joyeusetés), 1892, Paris, Musée d'Orsay. Il est désolant et ridicule que les musées français se croient obligés de faire figurer le nom du photographe sur ces reproductions. Apparemment il serait plus important que celui de Gauguin pour le tableau en question. Un écrivain se félicite qu'un de ses lecteurs prête son livre à un ami pour RIEN ! Si j'étais le photographe je ferais effacer cette mention qui insulte l'oeuvre de Gauguin. Les musées américains l'ont bien compris et mettent en ligne ce qui appartient à tous les hommes. 

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Pastorales tahitiennes, 1892, Saint-Petersbourg, Musée de l'Hermitage. 

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Matamua (Autrefois) avec détail ci-dessus, 1892, Madrid, Musée Thyssen-Bornemisza.

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Nafea Faa Ipoipo (Quand te maries-tu ?), 1892, Qatar, Collection Particulière. 

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Ta Matete (Au Marché), 1892, Bâle, Kunstmuseum.

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Matamoe (Paysage aux paons), 1892, Moscou, Musée Pouchkine. 

Te Poipoi (Le Matin), 1892, Hong Kong, Collection Particulière.

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Te Burao I (L'Hibiscus), 1892, Chicago Art Institute. 

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Mau Taporo (La Cueillette des citrons), 1892, Collection particulière.

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Femmes au bord de la rivière, 1892, Collection particulière. 

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Tête de Tahitienne, 1892, Paris, Musée d'Orsay.

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Hina te Fatou, Bois de Tamanu, 1892, Toronto, Art Gallery of Ontario.

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Idole à la perle, Bois de Tamanu peint, 1892, Paris, Musée d'Orsay.

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L'Après-midi d'un Faune, Bois de Tamanu, 1892, Vulaines sur Seine, Musée Stéphane Mallarmé.